Miroir mon beau Miroir, dis moi quel est le meilleur logiciel…

par 8 Avr 2018Analyse, Matériel

 A travers nos différentes activités de consulting, conférence ou formation, l’une des questions qui survient immanquablement est sans nul doute celle sur l’équipement logiciel : quel est le meilleur logiciel ? combien coûte-t-il ? etc. Face à ces interrogations légtimes , notre réponse ne varie jamais….

…… et elle ne peut être équivoque. En effet bien que le choix d’un logiciel repose souvent sur un principe d’isomorphisme (voir l’article de B. Guyot), il devrait plutôt s’appuyer sur une analyse préalable et rigoureuse de son environnement de travail. Une telle réflexion serait alors  nourrie par de nombreux éléments dont le schéma ci-dessous propose une liste non exhaustive à prendre en compte avant de sortir le carnet de chèque.

Tentons de détailler ces différents éléments.

L’équipement en place : si vous démarrez de rien, cette question n’a pas de sens mais si vous possédez ne serait-ce qu’un ordinateur portable il faut d’emblée réfléchir aux  différents niveaux de compatibilité. Certains logiciels sont plus particulièrement liés à certains O.S (Operating System). Ainsi Dartfish® et Nacsport®  sont plutôt prédestinés aux PC et SportCode® aux Macs. D’autres comme Longo Match propose des versions pour les deux OS.  Certes il sera possible d’émuler des logiciels PC avec Bootcamp®  par exemple mais attention, l’émulation sera gourmande en ressource et les performances de votre ordinateur seront alors réduites.

Ceci nous amène à considérer le deuxième niveau de compatibilité, celui des ressources système, autrement dit celui des ressources de votre ordinateur. Les logiciels d’analyse vidéo ont tendance à être gourmands et plus leurs fonctionnalités seront développées, plus ils auront tendance à solliciter des ressources. Nous avons en mémoire de nombreux ordinateurs, pourtant parmi les marques les plus prestigieuses, que nous avons « cramé » au fur et à mesure de nos tests. Ici, il ne faut pas seulement considérer la qualité du processeur mais aussi la quantité de RAM ainsi que les cartes graphiques et la mémoire qui leur est associée. Les sites des logiciels proposent toujours un encart à propos du système requis, nous ne serions donc que trop vous conseiller de les consulter avant de s’engager dans un achat de logiciel ou de matériel.

Développement : la création constante et rapide de nouvelles technologies qui peuvent interagir avec les logiciels d’analyse invite également à s’intéresser au niveau de développement de chacun des systèmes logiciels. Naturellement les plus grandes marques possèdent des capacités d’amélioration, d’innovation ou une réactivité plus importante quand il s’agit de travailler la compatibilité avec la sortie d’une nouvelle version d’OS ou avec l’apparition de nouveaux formats vidéo (voir par exemple notre article sur Pixellot®) mais cela se paye aussi.

Un autre axe de développement particulièrement important est apparu ces dernières années, c’est celui du déploiement des logiciels  sur des terminaux mobiles comme les tablettes ou smartphones. Certains logiciels développent donc des applications (parfois gratuites d’ailleurs) pour les mobiles : Dartfish express®  ou Dartfish Note®, Tag2Win®  ou Sync2Desk®  pour LongoMatch, ®  Icoda®, Sporstecplayer®  et Hudl technique®  pour SportCode®  ou encore Tag&GO®  pour Nac Sport®. Enfin la langue ou les langues proposées dans le logiciel sont aussi un point de développement auquel il faut s’intéresser. En effet, il est illusoire de vouloir utiliser les fonctionnalités les plus approfondies des logiciels s’il n’est pas dans une langue que l’on maitrise. Ainsi de nombreux logiciels ne proposent pas encore de version française. A noter que la question de la langue est aussi cruciale en ce qui concerne le support et la possibilité de formation.

Support et Formation : certains logiciels affichent parfois des prix défiant toute concurrence mais dès qu’on va rencontrer un problème technique, il n’y aura personne au bout du fil. La qualité de l’assistance technique est donc un point important dans le choix d’un logiciel. Il est à noter que certains fournisseurs proposent désormais un service premium (naturellement payant) garantissant un traitement de votre demande en moins de 24 heures. Il en va de même pour  ce qui est de la formation. Pour se former, on peut commencer à fréquenter le forum de la marque et sonder la qualité de ce dernierà partir de quelques questions ciblées : combien y-a-t-il d’utilisateurs ? Quelle est la date des derniers post ? Les post sont-ils souvent résolus ? Ma langue est-elle utilisée dans le forum ? Au-delà du forum, de nombreux  logiciels proposent des programmes payants de certifications internes (parfois même en plusieurs niveaux) ou en partenariat avec des universités, nombreux sont également ceux qui proposent des tutoriels d’apprentissage. L’accès, la quantité, la qualité, le niveau d’approfondissement de ces aides sont parfois très variables. Ils ne sont par exemple pas toujours multilingues ou ne concernent que des tâches basiques. Ils sont surtout centrés sur l’utilisation stricto sensu du logiciel et ne décrivent pas assez l’intégration du logiciel dans les différents processus professionnels du métier d’analyste.

Ergonomie : L’ergonomie regroupe différents aspects du logiciel comme par exemple la facilité de création des panneaux de séquençage ou fenêtre de codification, la facilité d’agencement spatiale des différents boutons dans un panneau, la possibilité d’affichage de certaines parties du panneau à la suite de certains évènements, l’extension des panneaux sur plusieurs écrans, le caractère imagé ou plutôt textuel des panneaux, le niveau d’automatisation de certaines tâches,  le stockage et l’indexation des différents clips vidéos. 

Certains logiciels sont dits « fermés » c’est à dire que les possibilités d’adaptation des panneaux de séquençage sont très limités, d’autres sont à l’inverse très ouverts c’est à dire qu’on peut partir d’un page blanche et totalement inventer son interface de travail. Le niveau d’interactivité ou d’automatisation est également une donnée à questionner.  Par exemple en Handball, si je clique sur un bouton  « but de l’équipe A », est-ce que je peux activer une automatisation enclenchant automatiquement une possession de l’Equipe B ?

A un autre niveau, si, en rugby, je mets essai, est-ce qu’automatiquement mon score va être implémenté de 5 points supplémentaires ou devrais-je cliquer 5 fois sur le bouton + 1 point pour mettre à jour ma zone de score ?   Il est certain qu’éviter 5 clics sur le bouton + 1 pour faire évoluer mon score est un gain de productivité, il faut néanmoins avoir conscience que les logiciels permettant ce niveau de gain nécessiteront de savoir construire des scripts, c’est à dire qu’il faudra savoir utiliser un langage informatique permettant de faire advenir le résultat souhaité. Si ce n’est pas à la portée des analystes en herbe, tous les logciels ne le permettent pas non plus.

Les fonctionnalités: les meilleurs logiciels d’analyse embrassent aujourd’hui l’intégralité des processus du métier l’analyste : la capture d’image, l’analyse à proprement dit et la présentation/partage de l’analyse. 

 Sur la question de l’acquisition des images, certains acceptent un large éventail de périphériques de capture et de formats vidéos  tandis que d’autres sont plus limités. Certains fonctionnent aisément avec certaines normes modernes (4K, Caméra IP).  Il s’agit donc de considérer vos modes de capture domestiques avant de s’équiper.  Certains peuvent permettre le time shifting, c’est à dire la possibilité d’accès en live au flux des images pour différents acteurs (le banc, les entraineurs, le médical) sans perturber le flux sur lequel s’appuie l’analyste. Par exemple l’entraineur sur le banc muni d’une tablette peut revenir en arrière, passer au ralenti et revenir au flux direct sans souci. D’autres permettent à l’analyste de recevoir plusieurs flux vidéos et de choisir en post synchro les meilleurs angles pour la révélation d’un évènement.

Au niveau de l’analyse, outre les fonctionnalités mentionnées dans la partie sur l’ergonomie, on pourra distinguer les logiciels qui intègrent des possibilités de dessin et d’animation des clips vidéos (un peu comme la palette sur Canal+) de ceux qui préfèrent favoriser l’export vers des logiciels plus spécifiques et plus complet. Au rang de ces derniers on citera par exemple  Klipdraw®, Coachpaint® ou Doceri®.

Une autre fonctionnalité appréciable chez certains éditeurs se situe dans la génération de rapport graphique (bâton, camembert) sans utiliser de logiciel tiers et ce de  manière instantanée. Au fur et mesure de la création des séquences, celles-ci viennent incrémenter les graphiques. 

Pour ce qui concerne le partage de l’analyse, un premier critère de comparaison des logiciels est la facilité de filtre des séquences et surtout l’association des clips vidéos à ces mêmes filtres permettant des rapports express ou des « mini » séances vidéos lors des mi-temps.  Certains logiciels permettent également  un couplage de données externes comme par exemple des données GPS. Un autre aspect est sans nul doute l’export de l’analyse vers une plate-forme dématérialisée ou comme on le dit désormais vers le nuage. Si de nombreux logiciels proposent ce service, Dartfish®  est sans nul doute le plus avancé en la matière. Non que leurs solutions soient les meilleures mais parce que leur offre est la plus diversifiée.  Ainsi ils existent une solution clouding pour l’analyste amateur comme pour les structures professionnelles. Certaines solutions proposent même la possibilité de partager des analyses avec un public de fan voire de monétiser les analyses ou datas (avec des chaines privées payantes).  Si la plupart des logiciels permettent une export des séquences en CSV pour affiner le traitement via Excel®, Tableau®, Alteryx®  , R ou PowerBi® ; l’intercompatibilité des logiciels ou leur intégration de données issues de services privées (Opta, Stats, Prozone,….) ou de logiciels fédéraux (Handvision, FibaLive,…) notamment via des fichiers XML est un élément qui peut également s’avérer utile.

Budget & Prix : on y arrive enfin ! C’était sans doute votre préoccupation centrale depuis le début mais pourtant cela ne devrait pas l’être.  Rappelez-vous qu’avec un prix trop bas vous paierez deux fois au final.  Interrogez-vous ! Ai-je besoin de la version la plus aboutie du logiciel au regard du niveau de développement de l’analyse dans mon club ? A l’instant, ai-je le niveau de compétence pour utiliser l’ensemble des possibilités offertes par le logiciel ? L’achat du logiciel inclue-t-il l’accès à un support technique gratuit ou payant, à des formations gratuites ou payantes ? Ce prix intègre-t-il seulement le logiciel ou des services annexes comme des applications mobiles ou un service cloud ? Enfin ce prix est-il une redevance périodique ou définitive incluant les mises à jour ou pas ? Ce prix vous permettra-t-il de compléter l’achat du matériel complémentaire et néanmoins indispensable (caméra, ordinateur, …) ? Une fois que vous aurez répondu à ces questions, vous pourrez choisir en connaissance de cause. 

 La plupart des logiciels proposent actuellement différentes déclinaisons ou gamme de leur système d’analyse intégrant un nombre plus ou moins important de fonctionnalités. Par exemple les solutions Dartfish®  intègrent systématiquement l’accès à un cloud personnel. Les tarifs mensuels (parfois conditionné à une souscription d’un an minimum) de ces différentes offres oscillent entre  moins de 10 Euros à plusieurs centaines d’Euros par mois.  Longo Match et NacSport®  se distinguent avec pour le premier un offre gratuite (mais évidemment ultra limitée) ou une tarification au mois et pour le second  des licences  un peu plus chères mais valables à vie. Il faut bien comparer les offres, en effet certaines versions limitent le nombre de création de boutons ou d’évènements conduisant rapidement à une limitation d’évolution dans le séquençage. 

Pour conclure, que faut-il retenir de cette présentation ?  La première chose est qu’il n’est peut-être pas nécessaire d’acheter une Ferrari avant de savoir conduire. Comme au niveau sportif, votre équipe progressera, vos niveaux d’analyse en feront d’eux même et vos besoins matériels évolueront.  Il est possible de faire un excellent travail avec un mix de logiciel à coût raisonnable et d’outils gratuits. La seconde est qu’il ne faut pas mettre tous ces œufs dans le même panier, ainsi si la question logicielle peut concentrer les préoccupations, il ne faut pas qu’elle oblitère la réflexion sur le dispositif de capture ou la qualité de l’ordinateur qui accueillera le système. Le meilleur travail d’analyse ou la meilleure séance vidéo ne recevront jamais l’adhésion des joueurs ou de l’équipe si les images sont de mauvaise qualité ou si le système bug en pleine séance de débriefing.