Portrait: Alexandra Cohard

par | Fév 20, 2019 | Analyse de la Performance, Portraits

Elle a 26 ans, elle est salariée du Sporting Club Albigeois – Section Rugby où elle exerce en tant qu’Analyste vidéo et Performance.  Oui vous avez bien entendu, une jeune femme analyste et qui plus est dans le monde du rugby souvent réputé plutôt macho. Il n’en fallait pas plus pour aiguiser notre curiosité et partir à la rencontre du phénomène Alexandra.

Alexandra, on veut tout savoir ? Quel est ton parcours et comment tu en es arrivé  là ?

 J’ai toujours baigné dans le monde du rugby, mon père entraine, j’ai joué en universitaire. Etudes STAPS (titulaire master entrainement sport de haut niveau), j’ai joué dans les clubs de région parisienne pour finir en TOP10 à Caen. J’ai dû arrêter ma carrière suite à une grosse commotion, j’ai mis énormément de temps pour m’en remettre. J’ai fait mes stages de licence et master à la FFR, mes mémoires portaient sur l’analyse vidéo et GPS  rugby à 7.

 

 Comment as-tu démarré ta carrière en tant qu’analyste vidéo ?

 J’ai débuté pendant mes stages à la fédération où j’ai découvert le logiciel Dartfish. Ma vraie première expérience s’est faite au centre de formation et avec les espoirs du Racing92, j’y suis restée 1 saison. J’en ai profité pour passer le DEJEPS Rugby.  A partir de là, j’ai été contacté par Albi pour un poste avec les pros, j’ai saisi l’opportunité.

 

Est-ce que tu penses qu’en tant que femme, tu as une lecture particulière du métier, de l’analyse ou pas ?

 J’essaye toujours de m’adapter à la situation. Le plus important et d’être le plus précise et le plus pro possible. Comme j’entraine à côté, je bénéficie de mon expérience de coach pour mon travail avec les pros.

Comment cela passe concrètement ?  As-tu des contacts avec les joueurs?

Dans les faits tout se passe comme pour tous les analystes des autres clubs. Je suis disponible pour mes coachs et les joueurs. Les joueurs sont très demandeurs. Je fais partie intégrante du staff. Je pense avoir réussi à m’intégrer dans le fonctionnement comme n’importe quel homme le fait à mon poste.

 

Quels sont les objectifs d’Albi cette année et comment t’intègres-tu dans ce processus ?

Très clairement l’objectif principal est de remonter en ProD2, le club se donne les moyens pour y arriver. Tout le monde est impliqué à fond dans ce projet. C’est motivant de travailler dans une structure ambitieuse. Je donne le meilleur de ce que je peux donner au quotidien pour aider l’équipe.

 

Comment s’organise ta semaine de travail avec le club ?

Tout dépend de quand est situé le match. En règle générale, le début s’articule autour de l’analyse et du débrief du match qui vient de se jouer. On multiplie les séances vidéos (collectives, par blocs ou individuelles). Suit, la préparation des clips pour les joueurs et la mise à disposition des stats et/ou un travail sur des actions demandées par les coachs.

Mais en même temps le staff travaille sur le futur adversaire, il faut être capable de vite se projeter. Puis arrive vite la préparation du match suivant : carnet de match vidéo et statistiques triées sur le futur adversaire. Souvent on ajoute des thèmes spécifiques comme le travail sur les renvois par exemple. Nous disposons de plusieurs ordis, on a des licences qui nous permettent de coder le match en direct, d’avoir les premiers rapports statistiques très rapidement. Le jour de match est donc un moment clé de ma semaine !

 

De ton point de vue, qu’est-ce qui est le plus important, l’analyse de ton équipe ou l’analyse de l’équipe adverse ?

Aujourd’hui l’un ne va plus sans l’autre. Il faut profiter de la semaine et de nos entrainements pour bosser sur nous, en gardant à l’œil les caractéristiques principales de l’adversaire à venir pour préparer de la meilleure façon possible la stratégie pour le match suivant.

 

Quel est l’importance la vidéo en Fédérale 1 ?

Autant qu’au niveau au-dessus. Mais il faut être conscient, qu’avec Albi on dispose de moyens supérieurs à la majorité des équipes de fédéral, du coup on peut travailler comme un club professionnel.

En étant seule, as-tu le temps de filmer les entrainements ?

Oui complètement, ça fait partie intégrante de ma semaine. On filme et on débriefe tous les entrainements. Mes coachs utilisent énormément les outils technos dont dispose le club. Et l’outil vidéo rythme leur quotidien, ils ont besoin de beaucoup de contenus.

Est-ce que tu arrives à développer des projets ? A avoir une vision à long terme ?

Pour l’instant je me consacre à fond sur mes missions avec le club. Etant seule, le planning est très chargé, je dispose de peu de temps pour « développer » de nouvelles solutions. Je profite plutôt de l’inter-saison pour avancer sur la construction de la cellule vidéo.

Peux tu nous parler de ton expérience Coupe du Monde ?

Mon expérience avec l’équipe Nationale de Roumanie fut une réelle opportunité. Elle m’a permis de découvrir la demande et les exigences de travail d’une équipe nationale. Cette expérience fut très enrichissante aussi bien professionnellement qu’humainement. En effet, travailler avec un nouveau staff et d’autres joueurs, changer de logiciel d’analyse, utiliser du nouveau matériel, devoir s’adapter rapidement, m’ont permis de me perfectionner et de franchir un palier dans le domaine. de l’analyse de Performance. Le rythme tout le long de ce mois, les entrainements et les enchainements de match furent intenses mais j’ai pu mesurer à quel point cela m’a fait progresser. Travailler avec un staff et des joueurs ayant l’expérience du haut-niveau, travailler avec des joueurs étrangers, fût très enrichissant. Naturellement déjà  au niveau des échanges en anglais, mais aussi pour découvrir la façon de travailler de chacun.

En résumé, ce fut une très belle expérience humaine et un accélérateur d’apprentissage professionnel très bénéfique.